ADODESCENTE EN ENFER


Quelque chose de râpeux lui léchait le visage, les yeux encore fermés, elle sortit tout doucement de son sommeil, et tenta de se débarrasser de l'intrus venu se réfugier dans son lit.

- Va t'en Pixel ! 

Mais le chat semblait bien installé !


-  Maman ! .... Mamannnn ! Viens prendre le chat ! Mamannnn

Pas de bruit. Etonnant. La maison était étrangement calme. Fatiguée de s'époumoner en vain, elle sortit péniblement de son lit. La jeune fille ouvrit sa porte, le couloir était désert. Elle se traina jusqu'à la chambre de ses parents, le parfum de sa mère flottait encore dans l'air, mais la pièce était vide. Légèrement inquiète à présent, elle descendit alors l'escalier, et se dirigea vers la cuisine. Une atmosphère inhabituelle... pas d'odeur de pain grillé, ni le grondement du micro-onde, pas de vaisselles qui s'entrechoquaient sous le jet d'eau de l'évier…

- Papa...maman, vous êtes où ?

- ...

- Allez c'est bon, j'ai passé l'âge de jouer à cache-cache !


En entrant dans la cuisine, l'adolescente alluma la lumière, le ciel était couvert, et la pièce un peu sombre, un léger frisson la parcourut. Elle fit le tour de la pièce puis scruta un peu angoissée tout autour d'elle, son regard fut alors interpellé par la porte du frigo. Un petit mot. L'écriture de sa mère, régulière et parfaite lui disait simplement qu'ils étaient partis pour le week-end.


Ma chérie,

Ton père et moi avons besoin de repos, nous sommes partis prendre un bol d'air pour le week-end. Tu ne manqueras de rien, bien sûr, j'ai fait les courses avant de partir.


On t'embrasse mon ange

La maison pour elle toute seule ? C'était noël avant l'heure ! Mathilde improvisa une danse épileptique au milieu de la cuisine tout en chantant à tue-tête. Puis elle s'affala sur le tabouret du bar, et attendit son petit déjeuner. Elle prit son téléphone pour envoyer un message « what's app » à tous ses contacts !

- Oh ! la loose ! pas de réseau ! Que se passe-t-il ?


C'est alors qu'elle remarqua un petit point rouge clignotant sur le répondeur... Elle appuya sur le bouton « play » pour écouter le message. La voix de sa mère envahit la pièce :

J'ai oublié de te dire, ma chérie, il n' y a pas internet, mais ne t'inquiète pas, un technicien passera à notre retour, lundi. On t'embrasse

- J'ai vraiment le Sum ! Bon...c'est pas grave je vais manger et appeler mes potes, au-moins mon téléphone fonctionne.

Ce fut le moment choisi par son portable pour s'éteindre. Plus de batterie ! Agacée, elle brancha le chargeur sur la prise à côté du micro-onde. A cet instant, Mathilde réalisa que son petit déj n'allait pas se faire tout seul et qu'elle allait devoir s'y coller! C'était une première ! Elle regarda tout autour d'elle. Elle semblait porter toute la misère du monde sur ses épaules.

Elle ouvrit alors le frigo... pas de lait ! Bon... alors où sa mère rangeait-elle ses réserves ? Il lui fallut ainsi une bonne demi-heure pour trouver le lait dans le cellier, une véritable caverne d'Ali Baba dans laquelle elle n'avait jamais mis les pieds... Ensuite trouver un bol, le chocolat en poudre et son paquet de céréales préféré ne fut pas une sinécure non plus. Après avoir ouvert le lait, non sans difficulté d'ailleurs, versé son chocolat, et mélangé sa mixture d'un coup de petite cuillère, elle mit fièrement le tout dans le micro-onde !

L'adolescente sortit un instant de la cuisine pour aller chercher sa robe de chambre, quand un bruit explosif la fit sursauter. Elle courut jusqu'à la cuisine, et vit des étincelles sortir du micro-onde. Un éclair de génie traversa alors son esprit paniqué… elle appuya sur la touche stop du monstre déchainé.

Mathilde attendit quelques minutes avant d'oser approcher à nouveau de l'engin, et sortir son bol brulant, qu'elle lâcha immédiatement en poussant un cri de douleur. Son chocolat au lait gicla sur sa peau déjà meurtrie puis se répandit sur le plan de travail en un joli dégradé de marron. Se souvenant d'un cours dispensé au collège sur les gestes aux premiers secours, elle ouvrit le robinet d'eau froide et y passa sa main quelques minutes. Rapidement, des cloques disgracieuses apparurent malgré tout. Mathilde cherchait déjà comment elle allait pouvoir camoufler ces horreurs, mais pour le moment son estomac la rappela à l'ordre. Avec la main valide qui lui restait, la jeune fille attrapa un autre bol et décida de boire son chocolat au lait...froid. Relevant la tête, elle réalisa qu'elle était dans l'obscurité. Elle était pourtant certaine d'avoir allumée la lumière tout à l'heure. L'aurait-elle éteinte sans s'en rendre compte? Elle se releva en soupirant et appuya sur l'interrupteur. Pas de lumière. Que se passe-t-il ici ? C'est alors qu'elle découvrit avec stupeur, son téléphone qui nageait dans le lait. « Non ! » Elle prit son précieux, et comprit rapidement que ce dernier n'avait pas apprécié cette immersion dans son lait du matin. Impossible de le rallumer, le liquide s'était infiltré à l'intérieur de l'appareil, rien n'à faire ...

Désespérée, elle regarda hagard autour d'elle, courut de pièce en pièce et réalisa qu'elle n'avait plus de lumière, plus d'électricité nul part. Les larmes aux yeux, son enthousiasme du matin avait disparu au profit d'un terrifiant sentiment de désespoir. Sans internet, sans télévision, et sans téléphone...Comment ses parents avaient-ils pu l'abandonner ainsi ! Elle ne pouvait même pas appeler le 119, numéro d'urgence pour les enfants maltraités ! La pièce se mit à tourner autour d'elle, ses jambes ne la soutinrent plus, elle s'écroula au milieu de la cuisine, inconsciente. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, aussi blême que le plafond qu'elle fixait, Mathilde ne pouvait plus bouger. Son téléphone à la main, les larmes montèrent au souvenir du drame qu'elle avait vécu. Elle l'effleurait avec nostalgie mais n'osait pas le regarder. Sous sa main tremblante, elle ne sentit pas la froideur du carrelage. Surprenant. Elle tourna la tête, et s'autorisa alors à jeter un coup d'œil autour d'elle. Un sourire réapparut sur ses lèvres. Sa main...indemne. Tout devenait évident à présent, mais pour se rassurer complètement, elle glissa un doigt sur l'écran de son téléphone qui s'éclaira immédiatement.

Quelque chose de râpeux lui lécha alors le visage, elle tenta de se débarrasser de l'intrus venu se réfugier ... dans son lit. 

- Va t'en Pixel !

Mais le chat semblait bien installé !

- Maman ! .... Mamannnn ! Viens prendre le chat ! Mamannnn !

- ...