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LES INSTANTS (PEU) ORDINAIRES DE JEANNE

Jeanne, une femme (peu) ordinaire, comme vous, comme moi ... Parfois légère, quelquefois grandiose, souvent décalée, mais toujours surprenante !

UN NOUVEL INSTANT A DECOUVRIR CHAQUE MOIS !

DECOUVREZ LE NOUVEL EPISODE : 

Jeanne passe la porte de la maison, lance sa veste sur le porte-manteau et monte quatre à quatre les marches de l'escalier. Elle regarde sa montre rapidement : plus qu'une heure pour faire les courses avant de récupérer les enfants. Elle enlève son tailleur, se douche rapidement et enfile une tenue plus légère, elle a rêvé de ce moment toute la journée. Là voilà prête pour accomplir ce rituel détestable : les courses !

Dans les allées de la grande surface, Jeanne presse le pas, et tel un automate dépose les articles dans son chariot. Elle réfléchit au repas du soir, au week-end chargé qui s'annonce : le match de basket de ses fils, la répétition de danse de sa grande, le concert de la petite, et à cet article qu'elle devra boucler à tout prix d'ici lundi, malgré tout. Elle est dans ses pensées, totalement hermétique à son entourage, quand des éclats de voix près d'elle, la ramènent à la réalité.

- Je suis désolée Mademoiselle, vraiment !

Elle se tourne et observe, surprise, l'homme qui s'adresse à elle, un sourire gêné sur les lèvres.

- Je ne comprends pas ? De quoi êtes-vous désolé Monsieur ?

C'est à cet instant que Jeanne aperçoit la femme près de lui. Elle la toise, le regard noir, et se met à aboyer.

- Vous ne comprenez pas ? Pas étonnant, ricane-t-elle !

Puis elle regarde son mari, mesquine.

- Un joli cul, mais pas grand-chose dans le cerveau ! Ça ne doit pas beaucoup turbiner là-haut !

La douche froide ! Jeanne reste interdite quelques instants devant tant d'agressivité dont elle ignore l'origine. Pourquoi cette femme lui en veut-elle ?

Le mari ne sait plus où se mettre, il n'ose pas regarder Jeanne, et s'adresse alors à sa femme :

- Mais ça ne va pas ! Tu es une jalouse maladive. Elle ne t'a rien fait ! Tu pètes une durite à chaque fois que j'ai le malheur de regarder une jolie femme ! Tu m'emmerdes à la fin ! Je n'ai rien fait, je ne vais pas me bander les yeux pour te faire plaisir quand même ! Faut te faire soigner ma vieille, c'est plus possible !

- Espèce de salaud ! Moi aussi j'étais bien foutue avant que tu me fasses deux gosses ! Tu verras la bimbo quand elle aura eu des mômes !

Le pauvre homme lève les yeux au ciel, les mains sur les hanches, il hoche la tête de gauche à droite, tentant de digérer la bassesse de ces derniers propos. Il la regarde exaspéré, et son silence en dit long. Une fois la surprise passée, Jeanne sent la colère l'envahir. Jusque-là spectatrice silencieuse d'une histoire qui n'était pas la sienne mais dans laquelle on l'avait mêlé, elle décide qu'il est temps d'en finir. Elle avance son chariot et plante son regard dans celui de la mégère, qui a un mouvement de recul, face à cette détermination soudaine.

- La bimbo est journaliste, elle a donc appris à lire et à écrire ! Les enfants ? J'en ai quatre, Madame, et à 40 ans passés, vous imaginez bien qu'une nouvelle maternité n'est plus d'actualité ! Votre mari m'a regardé ? Ce n'est pas un crime, et surtout ce n'est pas de mon fait ! Ne comptez pas sur moi pour cacher mon corps sous prétexte que vous n'aimez pas le vôtre. Je viens simplement faire mes courses, et j'apprécierai de ne pas me faire agresser par une folle furieuse mal dans sa peau !

Jeanne glisse alors son regard vers le contenu du chariot du couple. Plats préparés, sucreries et mal bouffe en pagaille. Jeanne réfléchit un instant, mais puisque cette femme aime les idées toutes faites...

- Pas certaine que la grossesse soit à l'origine de votre surcharge pondérale ! La bimbo cuisine, elle !

Sur ces mots, un léger sourire aux lèvres, Jeanne passe son chemin, laissant la femme abasourdie.

Le mari, plié en deux, peine à contenir son fou rire. Au loin, Jeanne l'entend dire :

- Tu ne l'as pas volé celle-là !